Trouver un job qui a du sens
Avoir le sentiment qu'on fait bien plus que gagner sa croûte, beaucoup en rêvent. De plus en plus de cadres se tournent vers l'humanitaire pour pouvoir intimement lier convictions personnelles et activité professionnelle... mais les places sont chères.
2 500 à 3 500 candidatures par an
C'est un fait, les organisations humanitaires sont submergées de candidatures ces dernières années - et plus encore ces derniers mois, notamment de la part de cadres en quête d'un job « qui a du sens ». « Souvent, ils veulent mettre un terme à une carrière toute tracée. Ils se sentent en rupture avec le modèle marchand, a fortiori dans un contexte social difficile. Ils subissent de fortes pressions dans le cadre professionnel, ont l'impression que la qualité de leur travail importe peu... En clair, ils sont déçus par le système et veulent changer de vie », explique Sylvie Ballayer, directrice des ressources humaines pour le CCFD - Terre solidaire, qui appuie des programmes de développement dans les pays du Sud. L'ONG compte 170 salariés et reçoit... entre 2 500 et 3 500 candidatures chaque année.
Les jeunes aussi rêvent d'un monde meilleur
Fait plus étonnant au regard des portraits habituels qu'on dresse de la Génération Y, la quête de sens n'attend pas le nombre des années pour se manifester : les jeunes eux aussi se tournent de plus en plus vers les ONG et associations.
« Je reçois 4 ou 5 candidatures chaque jour. Parmi elles, beaucoup de cadres d'horizons très divers, et une majorité de jeunes, surtout des ingénieurs. Ils en ont marre de la société dans laquelle ils vivent, ils veulent agir », détaille Brigitte Bourcier, responsable du bureau du volontariat France d'ATD Quart-Monde, mouvement pour les Droits de l'Homme et la lutte contre la pauvreté.
Davantage de liberté dans son travail
Autre attrait de l'humanitaire, une plus grande liberté dans l'exercice de ses fonctions. Caroline Bah, directrice de l'ONG Afrique Verte, qui soutient les opérateurs céréaliers au Niger, au Mali et au Burkina, apprécie particulièrement les marges de manœuvre dont elle bénéficie : « mon rôle consiste à déposer des projets auprès de bailleurs de fonds. J'ai carte blanche, car l'encadrement est beaucoup moins strict que dans les institutions publiques et privées. Il y a donc plus de place pour la créativité ».
Prêt à changer de niveau de vie ?
Mais la défense des valeurs exige parfois certains sacrifices. Les salaires dans l'humanitaire varient de légèrement à grandement inférieurs à ceux du secteur marchand. Principalement pour des raisons de « moralité ».
Au sein d'ATD Quart-Monde par exemple, les volontaires permanents perçoivent un « salaire solidaire ». Comprendre : il n'existe aucune hiérarchie salariale, on touche le Smic. Le mouvement compte une soixantaine de volontaires permanents en France, et n'emploie qu'une trentaine de salariés « au prix du marché » - pour la comptabilité, l'administratif, les relations presse et l'informatique notamment. Les 450 volontaires permanents qui travaillent à l'étranger perçoivent quant à eux le Smic du pays dans lequel ils opèrent.
Méfiez-vous des préjugés !
- Le monde associatif n'est pas un monde idéal : certes il s'oppose au contexte business à bien des égards, mais ne rejette pas tout en bloc. L'organisation d'une association peut être proche de celle de l'entreprise, malgré une culture différente. Beaucoup reposent sur un fonctionnement hiérarchique, parlent de management et ont des obligations similaires. N'en soyez pas offusqué.
- Le monde associatif n'est pas un monde où on se la coule douce : au contraire, on peut parfois vous en demander plus qu'ailleurs, en termes de disponibilité par exemple.
- Le monde associatif se professionnalise de plus en plus : en 15 ans, les formations ont fleuri dans les écoles et universités (Masters en Droits humains, en Développement humanitaire, etc.). Certains postes ont par ailleurs des exigences très élevées. Au sein du CCFD - Terre solidaire par exemple, les chargés de missions partenariats doivent posséder d'excellentes connaissances en géopolitique, géographie, problématiques des pays du Sud, etc.
- Le monde associatif recrute des gens qui ont envie de construire, pas des personnes qui veulent oublier leurs problèmes. « On ressent beaucoup de mal-être dans certaines candidatures... ce n'est pas la même chose que d'avoir un projet et de mettre en avant qu'on veut partager un savoir-faire », insiste Caroline Bah.
- Le monde associatif n'est pas là pour réaliser votre projet perso. Certes il ne s'agit pas d'un emploi « classique », puisque votre engagement personnel et votre adhésion au projet de l'association sont primordiaux. Mais les associations ont davantage besoin de compétences que d'envies d'aller en Afrique, même si ça vous semble moins sexy.
Pour en savoir plus : Coordination Sud et Passerelles et compétences
Priscilla Franken © Cadremploi.fr - 2009
Vos réactions, vos témoignages : jechercheunmeilleurjob@cadremploi.fr
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