Expert, chef de projet, manager : pour quelle carrière êtes-vous fait ?
Expert, chef de projet ou manager, trois fonctions clés, trois "meilleurs jobs" possibles. L'un maîtrise son instrument avec talent, l'autre met en musique le groupe et le dernier dirige l'ensemble. En entreprise comme en musique, chacun doit tenir son rôle pour éviter la cacophonie.
Expert : le soliste virtuose
Intellectuel avant tout, l'expert ne court pas après les échanges et privilégie la minutie. « Les experts sont les solistes de l'orchestre, explique Marie-Hélène Giannésini, créatrice du cabinet Tracé. Autonomes dans leur prestation et références dans leur domaine, ils agissent comme une pièce précise de l'assemblage pour contribuer à la réussite de l'ensemble. » Ils souhaitent généralement évoluer dans le cadre de leur expertise et se sentent à l'aise en tant que spécialistes.
Mais attention, l'expert ne peut s'enfermer dans sa tour de verre s'il veut conserver son prestige. « Dorénavant, la notion d'expertise passe nécessairement par l'actualisation des connaissances », souligne Luís Camacho, consultant senior chez GRID International Inc. Les savoirs évoluant à grande vitesse, celui qui était expert à un instant T ne le sera plus quelques années après sans une bonne capacité d'adaptation.
Soliste mais pas seul ! L'expert travaille de moins en moins seul : pour entretenir son savoir-faire, il doit échanger avec sa communauté d'expertise, participer à des colloques, suivre des formations, communiquer avec les membres de son équipe,... Sans oublier la nécessité de rendre visible son expertise et de la transmettre, sous peine de rester dans l'ombre.
Chef de projet : un chef d'orchestre invité
Le chef de projet est un intermédiaire : il coordonne des équipes transverses, sans être leur manager direct. Une tâche délicate qui exige diplomatie et tact. « La gestion de projet peut donner lieu à une approche plus « subtile » que le management car elle n'obéit pas exactement aux mêmes impératifs que dans un cadre d'autorité hiérarchique directe, précise Marie-Hélène Giannésini. Moins directement responsable de l'organisation globale de l'entreprise que le manager, le chef de projet peut être plus créatif et flexible. » Chef d'orchestre provisoire, il sait repérer les différents talents et les mettre en œuvre pour livrer une création unique.
Saisir l'alchimie du groupe, être flexible, dynamique,... le chef de projet est un animateur. Autonome, il doit aussi respecter les échelons de l'entreprise pour éviter les impairs. La nouveauté est son dada, passant d'un projet à l'autre, tout est à reconstruire à chaque mission.
Manager : le directeur d'orchestre
« Être manager aujourd'hui c'est un peu la quadrature du cercle ». Comme le souligne Luís Camacho, la fonction s'est complexifiée. L'autorité et le charisme sont bien sûr toujours de mise. Mais ce n'est que la partie visible de l'iceberg car pas de bon manager sans un grand sens de la communication et de l'observation. Savoir repérer les compétences est indispensable pour remplir des missions RH de plus en plus nombreuses. Accompagner et former son équipe demande de s'intéresser de près à la problématique humaine. Les egos débordants sont à proscrire : le sens de l'équipe et du projet doit importer plus que sa propre position. Enfin, le manager doit être capable de s'inscrire dans la stratégie d'entreprise, pour comprendre et transmettre les enjeux.
Un rôle complexe et souvent lourd à porter. « Être manager est devenu la panacée, l'image même de la réussite, remarque Marie-Hélène Giannésini. Devenir le parfait manager, savoir manager, les recettes du management,... les médias en redemandent, c'est un peu le « Maigrir en 2 semaines » de la presse économique. » Or ce mythe est aussi devenu une arme à l'intérieur de l'entreprise : un « tu n'as pas l'étoffe d'un manager » revient à dire « tu n'as aucune perspective de carrière ». Pourtant, il ne va pas sans dire qu'on peut être très performant dans une entreprise sans être manager dans l'âme. Beaucoup acceptent d'ailleurs cette fonction par prestige ou parce qu'ils s'y sentent contraints, certains s'y trouvent même compétents, mais peu y réalisent leurs véritables talents...
Mais les places sont chères ! « Tous les cadres ne peuvent devenir managers, ce n'est mathématiquement pas possible », prévient Luís Camacho. Avec des carrières qui s'allongent, on va se bousculer au portillon des promotions... La solution ? Sûrement des évolutions transversales pour transférer l'expertise d'un domaine à l'autre et éviter le blues du senior en panne de motivation.
Laure Marcus © Cadremploi.fr - 2009
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